La thèse selon laquelle toute la bande de Gaza soutiendrait le Hamas, et que par conséquent tous les gazaouis devraient être tenus responsables des crimes du 7 Octobre, a été largement diffusée par la propagande israélienne, et abondamment relayée, notamment dans les médias de masse français. Elle vise évidemment à justifier le génocide, faisant de chaque victime un terroriste à éliminer.

 

LE SONDAGE DU 6 OCTOBRE 2023

En dehors du fait que cette affirmation est moralement abjecte, en autorisant par exemple le massacre d’enfants par nature innocents, en affamant et persécutant une population entière, elle est également politiquement fausse.

Un sondage oublié permet de le vérifier. Même si ici nous n’avons pas une passion démesurée pour les sondages, il nous faut bien reconnaître qu’en l’absence de consultations régulières des citoyens, c’est le seul instrument, certes souvent grossier, simpliste et biaisé, qui permette de se faire une idée de l’état de l’opinion.

Quelques jours avant l’attaque du Hamas, une enquête d’opinion a été réalisée par des chercheurs américains et palestiniens absolument sérieux, et publiée dans la prestigieuse revue Foreign Affairs. Menée de fin septembre au 6 octobre 2023, elle a mesuré le soutien de la population de Gaza au Hamas. Et voici le résultat : 67% des palestiniens de Gaza n’avaient pas ou peu confiance dans le Hamas. Ce soutien était constamment en baisse depuis le début de l’enquête en 2006, date à laquelle le mouvement islamiste a conquis démocratiquement le pouvoir à Gaza. Dans le même sondage, seulement 20% des gazaouis étaient en faveur d’une action armée contre Israël. La personnalité préférée de la grande majorité des enquêtés était Marwan Barghouti, militant laïc issu du Fatah, emprisonné en Israël depuis 2002 et défenseur d’un accord de paix.

Si des élections avaient eu lieu à l’époque, le Hamas aurait été probablement chassé du pouvoir, ce qui aurait interdit à la propagande israélienne de construire la figure du palestinien terroriste et destructeur d’Israël, parfait exemple de racisme essentialiste, qui se diffuse dans certains cerveaux perméables de nos pays « occidentaux ».

 

FRANCE CULTURE, SERVICE PUBLIC DEFAILLANT

Par exemple, en mai 2024, Guillaume Erner, présentateur des Matins de France Culture, recevait des étudiants et enseignants de Sciences Po Paris, mobilisés pour l’arrêt du génocide à Gaza. Après avoir cherché par tous les bouts à mettre en cause cette mobilisation (l’accusant d’être antisémite, intolérante, d’être soutenue par le Hamas, d’être indifférente au sort des otages, d’être aidée par l’Iran de Khamenei, etc… ), il pose une question « naïve » à l’étudiant invité :

Guillaume Erner : Mais, le type de société, je parle de la société israélienne, est quand même beaucoup plus proche de votre mode de vie que le type de société prôné par le Hamas et que l’on voit en Palestine, Hicham ?

Hicham : Mais la société palestinienne n’est pas le Hamas, nous on parle justement à des gens de la société civile et à Gaza et dans les territoires occupés, et plein de gens, j’ai rencontré des Haïtiens, des Pakistanais, qui se sentaient une proximité immense avec le peuple palestinien ; Gaza est la zone la plus lettrée au monde au m2, la majorité des étudiants sont des femmes… il y a une proximité immense avec la culture palestinienne qui nous habite tous, moi je suis algérien-marocain, il y a énormément de choses dans l’histoire palestinienne qui nous touchent, peu importe qui on est, et je ne vois pas plus de ressemblance avec la société israélienne…

Erner : ce n’est pas ce que je voulais dire…

Je crois qu’au contraire Hichem, et nous avec lui, avons parfaitement compris ce que voulait dire le présentateur : qu’il n’y a pas d’accord possible entre un Occident des Lumières, porteur de paix, de culture et de démocratie, et un « reste du monde » plongé dans les ténèbres du fanatisme ; une fable pulvérisée par les actions des gouvernements d’extrême-droite de Netanyahou, de Trump et de leurs suiveurs européens.

Une telle méconnaissance de la société palestinienne de la part d’un membre de la radio de référence du service public, est consternante et démontre l’alignement des médias français sur la vision israélienne du palestinien comme figure déshumanisée du terrorisme, en parfait accord avec l’islamophobie affichée ou le racisme d’atmosphère des partis politiques français de droite et d’extrême-droite.

Ce que défend ce jour là l’étudiant Hicham, c’est l’universalisme des consciences et du droit international, à l’opposé de la théorie délétère du choc des civilisations, fondée sur une vision suprématiste et impérialiste du monde.

 

UN RECIT CRIMINEL A COMBATTRE

Réduire le palestinien au terroriste membre du Hamas, c’est commencer à le soustraire à son humanité, l’assigner à une bestialité dangereuse, afin de justifier son élimination, et ceci dans la plus parfaite tradition du colonialisme telle que dévoilée par Joseph Conrad : « Exterminez toutes ces brutes. »

Exemple en date plus récent de ces dérives, celle du polémiste Enthoven, déclarant qu’il n’y a « aucun journaliste à Gaza, uniquement des combattants ou des preneurs d’otage, avec une carte de presse. »

En ces jours de cessez-le-feu précaire, le refus obstiné de relâcher Barghouti, le « Mandela palestinien » prouve la volonté du gouvernement israélien d’éviter à tout prix une paix durable, de ne pas donner la parole aux palestiniens par des élections, de laisser subsister un ennemi comme le Hamas afin de justifier à tout moment la reprise des hostilités.

Ce récit criminel est heureusement massivement combattu par les sociétés civiles du monde entier, qui ont montré leur solidarité avec le peuple palestinien par des manifestations massives, par les courageuses flottilles qui ont tenté de briser le blocus illégal, par les nombreuses actions juridiques entreprises. En France, malgré l’attitude indigne de notre gouvernement et de nos médias de masse, nous devons continuer à crier fort notre soutien au peuple palestinien, nous sommes désormais entendus, car nous sommes du bon côté de l’histoire.

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