Le jeudi 3 Avril, Rima Hassan a été placée en garde à vue.

Comme l’écrit Clémence Guetté :

«  Nous avons assisté hier à un naufrage politique et journalistique qui devra être sanctionné.Rima Hassan a vécu une campagne organisée, planifiée, méticuleusement déployée pour la salir.

Non, elle n’a jamais fait d’apologie du terrorisme.

Non, elle n’avait pas de drogue, d’aucune sorte.

D’abord, il y eu l’information de sa mise en gare-à-vue. Une garde-à-vue totalement arbitraire et injustifiée, à la suite d’une demande d’un député RN.

L’information fuite immédiatement dans toute la presse. Mais ce n’est que le début. Une heure plus tard, la presse diffuse l’information selon laquelle Rima Hassan se serait rendue au commissariat en possession de drogue de synthèse et de cannabis.

C’est un mensonge total.

Rima Hassan n’avait dans son sac que du CBD, légal et habituel pour de nombreux Français. Une journée de mensonges, d’insultes, de salissures.

Comment cela est-il possible ?

Des policiers au sein du commissariat ont fait fuiter directement aux journalistes tout au long de la journée des informations mensongères.

Le ministre était-il au courant ? Compte-t-il prendre des sanctions contre les policiers qui ont violé le secret de l’enquête ?

Des journalistes ont diffusé et encouragé la diffusion de ces informations toute la journée. L’Arcom est saisie. Ont-ils prévu des excuses et une rectification des mensonges diffusés ? Et puis, il y a les politiciens. Les plus dégoûtants s’y sont mis, trop heureux de pouvoir salir une des voix les plus puissantes dans le monde de la défense du peuple palestinien.

De ceux-là, je n’espère ni excuses ni dignité. Ils seront balayés par l’histoire.

Je veux dire à Rima mon soutien total.

Le système se défend.

Mais nous aussi, et on ne lâchera rien. »

UN RAPPORT ACCABLANT

Une autre information, parue quelques jours auparavant, a beaucoup moins retenu l’attention des chaînes d’information en continu.

Il s’agit de la présentation, à Genève, du rapport de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, sur les tortures infligées aux prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes.

(lien vers le rapport intégral en anglais ici)

Ce huitième rapport d’Albanese, « Torture et génocide », rassemble plus de 300 témoignages (source : Il Manifesto), identifiant la torture comme l’un des symboles du génocide et la qualifiant d’instrument d’extermination, perpétué par la privation systématique et violente de la dignité humaine. Un enfer quotidien, infligé aux corps et aux vies, rendu possible non seulement par les actions d’Israël, mais aussi par la complicité et le silence de nos gouvernements.

Lors de sa présentation, Albanese a donné la parole aux survivants, dont les témoignages résonnent encore malgré l’anéantissement qu’ils ont subi, la lecture en est particulièrement éprouvante :

«  Un des soldats m’a violée en m’enfonçant de force un bâton dans l’anus. Au bout d’une minute environ, il l’a retiré puis l’a réinséré avec plus de force tandis que je hurlais. Ensuite, il m’a forcée à ouvrir la bouche et à lécher le bâton. Je voulais mourir pendant qu’ils me violaient. »

Un avocat raconte l’histoire d’un homme de 67 ans violé, les mains et les pieds liés, filmé et ridiculisé. Il évoque également le cas d’un jeune homme de 20 ans déshabillé et soumis à la simulation de noyade. Un soldat est arrivé avec un extincteur ; la partie supérieure a été introduite dans son anus et le liquide a été pulvérisé à l’intérieur. Le jeune homme souffre aujourd’hui de graves séquelles psychologiques.

L’avocat rapporte un autre témoignage, celui d’une femme : « Ils m’ont ordonné de m’asseoir sur leurs genoux, m’ont introduit une bouteille dans le vagin et m’ont forcée à la retirer à plusieurs reprises. Six personnes. »

« Israël a de facto obtenu un permis de torturer les Palestiniens car la plupart de vos gouvernements, vos ministres, l’ont autorisé », dénonce Albanese.

Entre octobre 2023 et janvier 2026, les forces israéliennes ont arrêté plus de 18 500 Palestiniens, dont des enfants, en particulier s’ils étaient médecins, journalistes ou travailleurs humanitaires. Près de 100 d’entre eux sont morts en détention. 4 000 personnes demeurent victimes de disparition forcée. Des milliers ont été détenues sans inculpation, maintenues dans des conditions inhumaines, battues, enchaînées, victimes de violences sexuelles, privées de soins médicaux, affamées et violées.

Suite à la présentation du rapport, de nombreux Etats, dont la Slovénie, l’Irlande et l’Espagne, ont apporté leur soutien au mandat de la rapporteuse et dénoncé le recours systématique à la torture par Israël contre le peuple palestinien.

La France a contesté le rapport, comme plusieurs gouvernements occidentaux.

Albanese déclare : « J’en ai fait appel à votre humanité : n’êtes-vous pas las ? La diplomatie, en temps de génocide, n’est pas neutre. Comment se fait-il que cette réalité n’ait pas encore entraîné la suspension de vos relations avec Israël ? La torture fait à l’individu ce que le génocide fait à un groupe. Le génocide est devenu la forme ultime de torture. Ce qui est perdu en Palestine sera perdu partout. »

PEINE DE MORT ET LOI YADAN

Comme pour renforcer le rapport de Francesca Albanese, Israël a adopté le 30 mars une loi pour la peine de mort par pendaison qui cible uniquement les Palestiniens. Une loi d’apartheid ethnique présentée par les députés suprémacistes membres de la coalition qui soutient Netanyahou.

Devant les caméras, le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a offert le champagne.

Un badge a été édité pour l’occasion.

La mort est leur métier.

Dans ces conditions, l’adoption de la loi dite Yadan par l’Assemblée Nationale dans les prochains jours serait extrêmement grave.

Cette loi vise en effet à criminaliser toute critique de l’Etat d’Israël et tout soutien à la résistance palestinienne, en parfaite cohérence avec l’acharnement policier et judiciaire dont est victime Rima Hassan.

Il est donc essentiel en tant que citoyens de signer massivement la pétition pour s’opposer à cette loi (lien vers la pétition ici).

Mais combien de députés du « bloc central », de la droite dite « républicaine », du Parti Socialiste, montreront assez de lucidité pour ne pas voter ce texte scélérat ?

Encore une fois, cette décision marquera la ligne de partage entre les défenseurs de la démocratie et ceux du colonialisme suprémaciste, entre les partisans de la vie et les soutiens des bourreaux.

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