Malvesi
Traitement de l’uranium,
déchets et inondation du site.
Le numéro 31 de 6° république faisait état des risques de pollution après les inondations sur le site de traitement de l’uranium de Malvesi. Nous ouvrons un dossier sur la question, dans lequel nous reproduisons des extraits de notre article ainsi que des nouvelles informations.
Petite précision technique. La conversion de l’uranium à Malvési. (source CRIIRAD)
L’usine de Malvési réceptionne des concentrés issus de mines d’uranium exploitées à l’étranger. Elle purifie l’uranium qu’ils contiennent et le transforme en un composé appelé tétrafluorure d’uranium (UF4). Il s’agit d’une première étape de “conversion”. Cette matière est ensuite acheminée dans d’autres usines qu’exploite ORANO au Tricastin (dans la Drôme) pour subir une seconde conversion en hexafluorure d’uranium (UF6). Cette forme gazeuse de l’uranium permet d’effectuer son enrichissement. L’UF6 enrichi est ensuite acheminé à l’usine exploitée par Framatome à Romans-sur-Isère où sont fabriquées, entre autres, les “pastilles” d’uranium insérées dans les “crayons” qui constitueront les assemblages de combustible nucléaire des centrales EDF (et d’autres clients).
Le 22 janvier MEDIAPART rappelait que cette installation (classée « Seveso seuil haut ») purifie de l’uranium extrait à l’étranger pour produire du combustible nucléaire français. C’est en réalité la porte d’entrée de l’uranium en France. Des quantités importantes de matières et déchets radioactifs y sont stockés (effluents nitratés, stériles miniers contaminés, boues radioactives).
A la suite des pluies très importantes du 19 janvier, l’usine est à l’arrêt. Dans un arrêté préfectoral datant du 20 janvier, elle est autorisée à rejeter les eaux de ruissellement du site « sans traitement préalable », les ouvrages de recueil et de traitement des eaux étant saturés. « Les eaux rejetées sont potentiellement radioactives et contaminées à diverses substances toxiques comme l’uranium, les nitrates, le fluor et l’ammonium. ».« Pour l’heure, l’arrêté préfectoral du 20 janvier prévoit qu’Orano fournisse aux services de l’État dans un délai de un mois une « évaluation de l’impact sanitaire et environnemental de l’événement ». L’industriel devra fournir « une évaluation de la quantité des rejets », un inventaire de « la source » et « des conséquences du sinistre ».
Que s’est-il passé à l’usine ORANO-MALVESI de Narbonne le 19 janvier dernier ?
Selon l’industriel, ces contrôles, effectués en plusieurs points par les laboratoires de Malvesi et des indépendants, concluent à » l’absence de risques sanitaires« .
Début mars 2026, la presse locale rendait compte du suivi de « l’incident » en citant la déclaration de l’industriel:
« Aucun bassin d’effluents n’a connu de débordements grâce à la mise en œuvre d’un plan d’actions. lors d’opérations de transferts d’effluents nitratés entre les fossés, un dysfonctionnement ponctuel a entraîné des écoulements temporaires et limités vers les fossés collectant les eaux pluviales. ces eaux ont été ensuite dirigées vers le canal du Tauran,où elles ont fait l’objet de contrôles journaliers. depuis cette date, l’ensemble des rejets est conforme aux valeurs règlementaires. »
Nous regrettons que les précisions sur les résultats, les laboratoires et les méthodes, n’aient pas fait l’objet d’une large communication. Les risques et leurs conséquences sur l’environnement naturel et humain ne sont pas mineurs.
Que sont devenus les effluents nitratés déversés « temporairement » dans la nature? Combien de temps a duré le « temporaire »? A ce jour nous l’ignorons, car on ne nous le dit pas et nous le regrettons. Les effluents nitratés …provenant du traitement de l’uranium….ce n’est pas du jus de carotte tout de même!
Dans un communiqué, le CRIIRAD précise:
L’usine de conversion d’uranium qu’exploite ORANO à Malvési, près de Narbonne, reste à l’arrêt pour plusieurs mois à cause des intempéries. S’agissant de la seule usine en France capable de réaliser une étape indispensable à la fabrication du combustible des centrales nucléaires, son blocage montre à quel point le dérèglement climatique présente des enjeux complexes pour la filière nucléaire.
L’usine de Malvési est en fait paralysée à cause des effluents radioactifs qu’elle produit. Après décantation, la fraction liquide est en effet “entreposée” dans de gigantesques bassins qui sont censés permettre une réduction de volume par évaporation à l’air libre.
Or, compte tenu des très fortes précipitations de début d’année et des vents violents enregistrés début février, Orano doit “maintenir l’usine à l’arrêt”. C’est ce qu’annonce son communiqué de presse du 25 février 2026. Les fortes pluies peuvent entraîner un débordement des bassins et les vents violents une dispersion des éléments radioactifs sous forme d’embruns . ( La dispersion d’embruns contaminés a déjà entraîné par le passé une contamination des terres cultivées. Elle contribue à l’exposition des riverains par inhalation de particules radioactives.)
Suite à un Comité Social d’Entreprise extraordinaire du 5 février, le syndicat FO Orano avait fait état d’un arrêt qui pourrait durer jusqu’au 1er juillet. Un article du Midi Libre du 26 février évoque une reprise possible au cours du 2e trimestre 2026.
Même si elle parvient à mettre en œuvre des moyens de réduction en urgence du volume de ses effluents liquides, l’usine n’a pas de solution pour le stockage définitif des centaines de milliers de mètres cubes de déchets radioactifs solides.
En savoir plus.
Communiqué CRIIRAD du 29/01/2026 “Usine ORANO de Malvési près de Narbonne, des déchets radioactifs soumis aux intempéries” – Lire
Dossier CRIIRAD “Site de Malvési”
Article de Mediapart du 22/01/2026 : “Narbonne, les crues menacent la sûreté d’un site nucléaire” – Lire
Notre point de vue politique, nos interrogations.
On ne peut qu’être inquiets, et ceci à deux titres.
Le premier, c’est la véritable obsession du gouvernement Lecornu pour la simplification, l’allègement des normes, la levée des contrôles.
Le second, c’est la confiance accordée par l’Etat aux industriels. On peut être raisonnablement perplexes, compte tenu des scandales récents sur les eaux minérales ou les laits infantiles contaminés à la céréulide.
Nous pensons au contraire que la protection de la santé de nos concitoyens exige un renforcement des contrôles de l’Etat, en particulier sur les ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement). Malheureusement, dans le budget Macron-Lecornu imposé par 49-3, c’est le Ministère de l’Ecologie, dont dépendent les ICPE, qui subit la coupe la plus dure, avec 250 millions d’euros de baisse, démontrant encore une fois que, pour ce gouvernement et pour ses soutiens, les profits priment sur la qualité de la vie.
Peut-on exiger un contrôle efficace et réel en s’alliant à ceux qui permettent ce budget ?
Ce contrôle nécessaire pour la vie et la santé des citoyens, en particulier ceux vivant à proximité est absolument nécessaire. S’il ne relève pas directement de la compétence des communes, il est bon qu’elles soient informées pour pouvoir si besoin exiger des mesures de protection appropriées.
Rien n’est gagné. Si nous partageons l’avis de madame Thivent directrice de l’Institut écocitoyen en santé environnementale de l’Aude : « « Nous sommes de plus en plus confrontés aux pluies intenses et aux incendies. Les citoyens doivent exercer un contrôle sur ces sites. On peut encore moins laisser aux industriels le monopole de l’expertise et des diagnostics, comme le montrent les événements de ces derniers jours. »
Son alliance municipale avec le PS qui a tout fait pour que le budget Lecornu-Macron et ses 250 millions en moins pour le ministère de l’écologie puisse être adopté ne nous paraît pas la meilleure solution!!!